Le Maroc reste un des rares marchés où un acheteur étranger ou un Marocain résidant à l'étranger peut emprunter en monnaie locale, avec une hypothèque de premier rang, dans un cadre réglementaire clair fixé par l'Office des changes. À Marrakech, où une part importante des acquisitions se fait encore en cash, le crédit devient un vrai levier de rendement pour qui achète bien.
Mais le cadre marocain a ses propres règles, très différentes de celles de la France ou des Émirats. Le taux directeur de Bank Al Maghrib est à 2,25 % depuis mars 2025, et pourtant les crédits immobiliers restent au dessus de 5 % en moyenne. L'apport d'un non résident est réglementé, pas seulement négocié. Et les frais d'acquisition, entre 6 et 8 % du prix, se paient obligatoirement en devises.
Ce guide rassemble les chiffres vérifiés en 2026, la mécanique du dossier MRE et non résident, les frais réels à budgéter, et ce que cela change concrètement sur une acquisition à Marrakech.
Pourquoi les taux restent au dessus de 5 % malgré un taux directeur à 2,25 %
Bank Al Maghrib a ramené son taux directeur de 3 % à 2,25 % entre mars 2024 et mars 2025, et l'a maintenu à ce niveau depuis. Beaucoup d'acheteurs s'attendaient donc à voir les taux de crédit immobilier passer sous les 4 %. Ce n'est pas ce qui s'est produit.
Interrogé en juin 2026, le wali de Bank Al Maghrib Abdellatif Jouahri a donné l'explication : sur une baisse cumulée de 75 points de base du taux directeur, les taux débiteurs des banques ont baissé de 77 points de base. La transmission a donc bien eu lieu, mais elle part d'un niveau plus élevé. Le crédit immobilier, prêté sur vingt ans, expose les banques à un risque de taux qu'elles intègrent dans leur tarification : prêter à long terme à un taux trop bas fragiliserait leur rentabilité si les taux remontaient.
Concrètement, un salarié marocain au profil solide obtient aujourd'hui entre 4 et 5 %. Un dossier de non résident, plus complexe à analyser, se situe généralement au dessus, autour de 5 à 6 %. Le taux moyen des crédits immobiliers relevé par Bank Al Maghrib au premier trimestre 2026 est d'environ 5,13 %.
| Repère | Niveau 2026 | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Taux directeur Bank Al Maghrib | 2,25 % depuis mars 2025 | Plancher du coût de la ressource bancaire |
| Taux moyen crédit immobilier | environ 5,13 % au T1 2026 | Référence de marché, tous profils confondus |
| Profil salarié résident solide | 4 à 5 % | Meilleures conditions, taux fixe sur 20 ans |
| Profil non résident ou étranger | 5 à 6 % | Prime de risque et analyse de revenus étrangers |
| Taux maximum des intérêts conventionnels | 13,36 % du 01/04/2025 au 31/03/2026 | Plafond légal, très au dessus du marché |
Qui peut emprunter au Maroc
Trois situations coexistent, et elles n'ouvrent pas les mêmes droits. Le résident marocain, salarié ou indépendant, emprunte dans un cadre classique. Le Marocain résidant à l'étranger bénéficie d'un régime spécifique de l'Office des changes, avec des garanties de transfert. L'étranger non résident peut également emprunter en dirhams, dans le même cadre réglementaire que le MRE, à condition de déclarer sur l'honneur qu'il ne possède aucune autre résidence au Maroc.
Le point commun à ces deux derniers profils : l'accord n'est jamais automatique. Les banques marocaines examinent la stabilité des revenus, l'historique bancaire, l'âge en fin de prêt et surtout la qualité juridique du bien financé.
- Résident marocain : durée jusqu'à 25 ans, parfois 30 ans, apport à partir de 10 à 20 %.
- MRE : apport minimum de 30 % en devises, durée usuelle de 15 à 20 ans.
- Étranger non résident : mêmes 30 % minimum, déclaration sur l'honneur de non propriété exigée.
- Âge maximum en fin de prêt : généralement 70 ans, parfois 75 ans pour les fonctionnaires.
- Taux d'endettement toléré : 40 à 45 % des revenus nets, assurance comprise.
La règle des 30 % en devises pour les non résidents
C'est le point le plus mal compris par les acheteurs étrangers, parce qu'il ne relève pas de la politique commerciale des banques mais de la réglementation des changes. L'article 793 de l'Instruction générale des opérations de change encadre précisément l'octroi de crédits en dirhams aux personnes physiques étrangères non résidentes et aux Marocains résidant à l'étranger.
Le texte impose quatre conditions cumulatives. L'apport minimum en devises est fixé à 30 % du prix du bien à acquérir ou à construire, apporté soit par cession de devises, soit par débit d'un compte étranger en dirhams convertibles. Les frais d'acquisition, notaire, droits d'enregistrement et conservation foncière, doivent également être couverts en devises. Le remboursement du crédit, capital, intérêts et commissions, doit lui aussi se faire en devises ou par débit d'un compte convertible. Enfin, la banque doit prendre une hypothèque de premier rang sur le bien, ou obtenir la garantie d'une banque étrangère.
En pratique, beaucoup de banques demandent davantage que le minimum réglementaire : 40 à 50 % d'apport sur un dossier de non résident sans lien bancaire au Maroc est courant. Le seuil de 30 % est un plancher légal, pas une offre commerciale.
Une précision qui a son importance à la revente : le transfert du produit de cession vers l'étranger s'effectue à hauteur du montant financé en devises. Autrement dit, ce que vous avez fait entrer en devises et remboursé en devises détermine ce que vous pourrez faire sortir, plus value comprise. Conservez soigneusement chaque attestation d'importation de devises.
- Apport minimum de 30 % du prix, en devises ou depuis un compte en dirhams convertibles.
- Frais d'acquisition à régler également en devises.
- Remboursement des échéances en devises ou par débit d'un compte convertible.
- Hypothèque de premier rang, ou caution d'une banque étrangère.
- Déclaration sur l'honneur de non propriété d'une autre résidence au Maroc, pour les étrangers.
- Attestations d'importation de devises à conserver : elles conditionnent le rapatriement à la revente.
Banques classiques ou banques participatives
Le marché marocain propose deux familles de financement. Les banques classiques, Attijariwafa Bank, Banque Populaire, CIH Bank, Bank of Africa, Crédit du Maroc, financent par crédit amortissable à taux fixe ou variable. Les banques participatives, Bank Al Yousr, Bank Assafa, Umnia Bank, financent par Mourabaha immobilière : la banque achète le bien et vous le revend avec une marge fixée à l'avance, payable par mensualités.
Pour un investisseur, la différence pratique est plus limitée qu'il n'y paraît. La mensualité est comparable, la banque prend une garantie sur le bien, et le coût total se compare de la même façon. La Mourabaha impose en revanche une transparence totale sur la marge, exclut les pénalités de retard classiques, et supprime la notion de taux variable : le prix est figé dès la signature.
Deux points de vigilance sur la Mourabaha : les droits d'enregistrement peuvent s'appliquer deux fois si le montage n'est pas correctement traité, et le remboursement anticipé n'est pas mécaniquement avantageux puisque la marge est fixée dès le départ. Faites chiffrer les deux options avant d'arbitrer.
| Critère | Crédit classique | Mourabaha participative |
|---|---|---|
| Mécanisme | Prêt à intérêt, amortissable | Achat revente avec marge fixe |
| Taux ou marge 2026 | 4 à 6 % selon profil | marge équivalente à 4,5 à 6 % |
| Taux variable possible | Oui, indexé | Non, prix figé |
| Remboursement anticipé | Indemnité usuelle de 2 % du capital restant | Peu ou pas d'économie sur la marge |
| Assurance | Décès invalidité obligatoire | Takaful équivalent |
Les frais d'acquisition à Marrakech, poste par poste
Au Maroc, la totalité des frais d'acquisition est à la charge de l'acheteur. Ils représentent 6 à 8 % du prix selon la nature du bien, et ils ne sont pas financés par le crédit : ils viennent en plus de l'apport, et en devises pour un non résident.
Ce que l'on appelle communément frais de notaire recouvre en réalité quatre postes distincts, dont les honoraires du notaire ne représentent qu'une petite partie.
| Poste | Barème 2026 | Perçu par |
|---|---|---|
| Droits d'enregistrement, logement | 4 % du prix déclaré | Direction générale des impôts |
| Droits d'enregistrement, terrain nu ou local | 5 % du prix déclaré | Direction générale des impôts |
| Conservation foncière | 1,5 % du prix + droits fixes | ANCFCC |
| Honoraires du notaire | 1 à 1,5 % dégressif, TVA 20 % en sus | Notaire |
| Inscription hypothécaire | 0,5 à 1,5 % du montant financé | ANCFCC |
| Débours, timbres, formalités | environ 1 500 MAD | Divers |
Un exemple chiffré sur un riad à Marrakech
Prenons un cas concret et fréquent : un acheteur français non résident acquiert un riad titré dans la médina de Marrakech à 3 000 000 MAD, avec l'apport minimum réglementaire de 30 %.
La banque finance 2 100 000 MAD sur 15 ans à 5,5 %. La mensualité s'établit autour de 17 200 MAD, assurance non comprise. Mais le vrai chiffre à retenir est celui de la trésorerie à mobiliser au départ : apport et frais cumulés dépassent 1,1 million de dirhams, soit près de 37 % du prix.
Sur une exploitation en location saisonnière, un riad de ce standing dans la médina peut viser un revenu brut annuel de 380 000 à 480 000 MAD selon le nombre de chambres, le taux d'occupation et la qualité de la gestion. Le crédit reste alors autofinancé sur une bonne partie de l'année, mais il faut avoir la capacité d'absorber les mois creux de juillet et août.
| Poste | Montant | Commentaire |
|---|---|---|
| Prix du bien | 3 000 000 MAD | Riad titré, médina |
| Apport minimum en devises | 900 000 MAD | 30 % réglementaires |
| Droits d'enregistrement 4 % | 120 000 MAD | Payés en devises |
| Conservation foncière 1,5 % | 45 200 MAD | Droits fixes inclus |
| Notaire environ 1,2 % TTC | 43 000 MAD | Barème dégressif, TVA 20 % |
| Inscription hypothécaire | environ 25 000 MAD | Sur le montant financé |
| Trésorerie totale au départ | environ 1 133 000 MAD | Soit près de 37 % du prix |
| Crédit sur 15 ans à 5,5 % | 2 100 000 MAD | Mensualité d'environ 17 200 MAD |
Le point qui bloque le plus de dossiers à Marrakech : le titre foncier
Une banque marocaine ne prend d'hypothèque que sur un bien immatriculé, disposant d'un titre foncier délivré par l'ANCFCC. C'est là que beaucoup de projets s'arrêtent, en particulier dans la médina et dans la périphérie rurale de Marrakech.
Un bien vendu sous melkia, acte adoulaire non immatriculé, ne peut pas servir de garantie tant que la procédure d'immatriculation n'est pas terminée. Cette procédure peut prendre de un à trois ans, parfois davantage en cas d'opposition. Une indivision non purgée, fréquente sur les riads familiaux, produit le même blocage.
Sur les zones hors périmètre urbain, un autre écueil apparaît : les terrains agricoles, dits vocation agricole, ne sont pas librement acquérables par un étranger sans attestation de vocation non agricole. Le sujet doit être traité avant le compromis, jamais après.
- Exiger un titre foncier à jour et une réquisition de moins de trois mois.
- Vérifier l'absence d'inscriptions hypothécaires ou d'oppositions sur le titre.
- Sur un riad familial, purger l'indivision avant tout compromis.
- Hors périmètre urbain, contrôler la vocation du terrain.
- Sur du neuf, vérifier le permis d'habiter et la garantie d'achèvement du promoteur.
Emprunter au Maroc ou dans son pays de résidence
Les banques françaises financent rarement un bien situé au Maroc, sauf via certaines filiales spécialisées ou des réseaux dédiés aux MRE. Deux alternatives existent : une hypothèque sur un bien détenu en France, ou un crédit lombard adossé à un portefeuille titres. Les taux sont souvent plus bas, mais vous engagez un autre actif en garantie.
L'argument décisif en faveur d'un emprunt local tient au risque de change. Le dirham est rattaché à un panier composé majoritairement d'euro, ce qui limite la volatilité face à un investisseur de la zone euro, mais ne l'annule pas. Emprunter en dirhams quand vos loyers sont en dirhams supprime tout décalage entre la dette et le revenu qui la sert.
Attention toutefois à la contrainte inverse imposée par l'Office des changes : pour un non résident, les échéances doivent être réglées en devises ou depuis un compte convertible. Vous empruntez en dirhams, mais vous remboursez avec de l'argent venu de l'étranger, sauf montage spécifique validé avec votre banque. Ce point doit être clarifié avant l'octroi, pas après.
Le dossier et le calendrier
L'accord de principe se demande avant toute offre d'achat. Il est généralement valable 60 à 90 jours et change votre position dans la négociation, notamment sur un riad ou une villa dont le vendeur veut de la certitude.
Comptez six à dix semaines entre le dépôt du dossier et le déblocage des fonds pour un non résident, à condition que les pièces soient complètes dès le départ. L'évaluation du bien par l'expert de la banque et la vérification du titre foncier sont les deux étapes qui allongent le plus les délais.
- Passeport, justificatif de domicile, et le cas échéant carte de séjour.
- Six derniers mois de relevés bancaires, personnels et professionnels.
- Trois derniers bulletins de salaire, ou deux derniers bilans pour un indépendant.
- Dernier avis d'imposition du pays de résidence.
- Compromis de vente et copie du titre foncier du bien.
- Ouverture d'un compte en dirhams convertibles dans la banque prêteuse.
Cinq erreurs qui coûtent cher
Le financement amplifie une bonne décision d'achat, il ne rattrape jamais un mauvais prix d'entrée. À Marrakech plus qu'ailleurs, la sécurité juridique du bien pèse plus lourd qu'un demi point de taux.
- Signer un compromis et verser un acompte avant d'avoir un accord de principe écrit.
- Oublier que les frais, 6 à 8 % du prix, s'ajoutent à l'apport et se paient en devises.
- Faire entrer des fonds hors circuit bancaire officiel : le rapatriement à la revente devient impossible.
- Négliger la vérification du titre foncier, de l'indivision et de la vocation du terrain.
- Comparer uniquement les taux nominaux sans intégrer l'assurance, les frais de dossier et l'indemnité de remboursement anticipé.
Sources
Les repères chiffrés de ce guide se recoupent avec les publications suivantes. Vérifiez les mises à jour avant toute décision.
- Historique des décisions de politique monétaire, taux directeur à 2,25 % · Bank Al Maghrib · consulté le 29 août 2026
- Pourquoi les crédits immobiliers restent au dessus de 5 % malgré un taux directeur de 2,25 % · Le360 · consulté le 29 août 2026
- Article 793, conditions d'octroi de crédits en dirhams aux non résidents et aux MRE · Office des changes · consulté le 29 août 2026
- Taux maximum des intérêts conventionnels · Bank Al Maghrib · consulté le 29 août 2026
- Frais d'acquisition immobilière au Maroc, barèmes 2026 · AvocatLib · consulté le 29 août 2026
Questions fréquentes
Quel est le taux du crédit immobilier au Maroc en 2026 ?
Le taux moyen relevé par Bank Al Maghrib est d'environ 5,13 % au premier trimestre 2026. Un salarié résident au profil solide obtient 4 à 5 %, un dossier de non résident se situe plutôt entre 5 et 6 %. Le taux directeur, à 2,25 % depuis mars 2025, ne se répercute que partiellement sur les prêts à vingt ans.
Un étranger peut il obtenir un crédit immobilier au Maroc ?
Oui. Les banques marocaines prêtent en dirhams aux étrangers non résidents comme aux MRE, avec un apport minimum de 30 % en devises fixé par l'Office des changes, une hypothèque de premier rang et, pour les étrangers, une déclaration sur l'honneur de non propriété d'une autre résidence au Maroc.
Quel apport faut il pour acheter à Marrakech avec un crédit ?
30 % du prix au minimum réglementaire pour un non résident, souvent 40 à 50 % en pratique selon le dossier. À cela s'ajoutent 6 à 8 % de frais d'acquisition, non finançables et à régler en devises. Sur un bien à 3 millions de dirhams, cela représente environ 1,1 million de trésorerie au départ.
Peut on financer un riad non titré à Marrakech ?
Non. Une banque ne prend d'hypothèque que sur un bien immatriculé disposant d'un titre foncier de l'ANCFCC. Un bien vendu sous melkia doit d'abord passer par une procédure d'immatriculation, qui prend souvent un à trois ans.
Vaut il mieux un crédit classique ou une Mourabaha immobilière ?
Le coût total est proche. La Mourabaha fige le prix dès la signature et supprime le risque de taux variable, mais elle rend le remboursement anticipé peu avantageux. Faites chiffrer les deux formules sur la même durée avant d'arbitrer.
Comment récupérer son argent à la revente en tant que non résident ?
Le transfert du produit de cession, plus value comprise, s'effectue à hauteur du montant réellement financé en devises. Conservez chaque attestation d'importation de devises et faites transiter tous les fonds par le circuit bancaire officiel.
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